Faut-il rendre les objets exposés dans les musées à leur pays d’origine ? La question de la restitution d’artefacts emblématiques, comme la pierre de Rosette ou les marbres du Parthénon, revient de plus en plus souvent. Au centre de ce débat mondial se trouve une interrogation essentielle : à qui appartient réellement le patrimoine ? Entre héritage culturel, mémoire volée et responsabilité des musées, le sujet divise.
Découvrez des œuvres chargées d’histoire et de tensions...
Adaptation française par Margaux Cervatius
La cité mythique de Troie est restée célèbre pour la guerre qui a opposé son roi, Priam, aux héros grecs menés par Achille. À la fin du XIXe siècle, l’archéologue allemand Heinrich Schliemann met au jour une collection de trésors vieille de 4 500 ans qui aurait appartenu au dernier roi de Troie.
Ces pièces inestimables ont longtemps été exposées aux Musées d’État de Berlin, jusqu’en 1945. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, elles sont discrètement emportées par l’armée soviétique. Des décennies plus tard, en 1994, le trésor refait surface au musée Pouchkine de Moscou. La Russie justifie alors sa décision de le garder : elle considère ces reliques comme une compensation pour les destructions subies pendant le conflit.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Comme les fouilles ont eu lieu à Troie, située en Turquie actuelle, Ankara réclame également la restitution de ces objets. Malgré plusieurs tentatives diplomatiques, le fameux « trésor de Priam » reste aujourd’hui au cœur d’un bras de fer international.
En 1898, deux lions attaquent plus d’une centaine d’ouvriers sur le chantier du chemin de fer à Tsavo (dans ce qui est l’actuel Kenya) avant d’être abattus par le lieutenant-colonel John Henry Patterson, l’ingénieur en chef du projet.
Les peaux et les crânes des lions sont vendus au musée Field de Chicago en 1925, où ils sont toujours exposés depuis. Le Kenya maintient que les deux lions font partie de son histoire culturelle et qu’ils doivent être restitués.
Ces sculptures majestueuses ornaient autrefois le Parthénon d’Athènes, le grand temple dédié à Athéna dans la Grèce antique. Mais au début du XIXe siècle, Thomas Bruce, septième comte d’Elgin et ambassadeur britannique auprès de l’Empire ottoman, qui occupe alors la Grèce, fait retirer plusieurs panneaux sculptés des frises du monument pour les ramener en Grande-Bretagne.
En 1816, les célèbres « marbres d’Elgin » entrent dans les collections du British Museum, où ils sont encore exposés aujourd’hui. Leur présence à Londres continue pourtant de susciter un vif débat. Selon les derniers sondages, 59 % des Britanniques sont favorables à leur retour en Grèce. Mais en 2024, George Osborne, président du British Museum, estimait que la perspective d’un accord, peut-être sous la forme d’un prêt à long terme, restait « encore lointaine ».
Deux toiles de Pablo Picasso, Jeune Garçon au cheval et Le Moulin de la Galette, peintes au début du XXe siècle, sont aujourd’hui exposées à New York, au Museum of Modern Art (MoMA) et au musée Guggenheim, respectivement.
Leur premier propriétaire, Paul von Mendelssohn-Bartholdy, issu d’une riche famille juive, aurait été contraint de vendre les œuvres sous la pression du régime nazi. Des décennies plus tard, les héritiers ont réclamé justice. Finalement, un accord à l’amiable a été trouvé et les deux tableaux resteront à New York.
Les bronzes du royaume du Bénin, dans l’actuel sud-ouest du Nigeria, comptent parmi les œuvres d’art africain les plus emblématiques. Depuis quelques années, plusieurs pièces ont été restituées par l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et les États-Unis. En octobre 2022, trois grandes institutions américaines ont remis plusieurs pièces, dont une tête en bronze représentant un oba (roi). Le Horniman Museum de Londres a également accepté de restituer 72 objets.
Mais tous les regards se tournent désormais vers le British Museum, qui conserve la plus vaste collection : près de 900 bronzes du Bénin, fabriqués entre le XIIIe et le XVIIe siècle. L’institution affirme être « ouverte à la discussion » mais, pour l’heure, une restitution complète paraît très peu probable.
Fabriqué vers 50 avant J.-C., le zodiaque de Dendéra est l’une des représentations antiques les plus précises et les mieux conservées du ciel étoilé. En 1820, un antiquaire français missionne un certain Lelorrain pour l’extraire… à coups d’explosifs. Rapidement vendue au roi Louis XVIII, l’œuvre trouve sa place au musée du Louvre. Aujourd’hui encore, elle est suspendue au plafond de la section égyptienne.
En 2022, une pétition a relancé la demande de restitution. Mais, pour l’instant, le temple d’Hathor doit se contenter d’une réplique en plâtre, tandis que l’original continue d’attirer les regards à Paris.
Depuis plus d’un siècle, l’Égypte réclame la restitution du célèbre buste de Néfertiti, conservé en Allemagne depuis 1913. Réalisée vers 1340 avant J.-C., cette sculpture en calcaire aux détails remarquables représente la reine Néfertiti, épouse du pharaon Akhenaton et belle-mère probable de Toutânkhamon.
Aujourd’hui, le buste figure parmi les pièces phares du Neues Museum de Berlin. Les autorités allemandes estiment qu’un déplacement risquerait d’endommager le fragile objet. La question de son retour avait déjà failli aboutir dans les années 1930, avant que Hitler ne fasse échouer les négociations.
En 1799, la pierre de Rosette est mise au jour par l’armée napoléonienne dans le nord de l’Égypte. Mais, après la défaite de la France en 1801, elle devient propriété britannique. Depuis 1802, elle est conservée au British Museum, où elle reste l’une des pièces les plus célèbres.
Datée de 196 avant J.-C., la pierre porte un même texte gravé en hiéroglyphes, en grec ancien et en démotique, une écriture égyptienne populaire. Cette particularité a permis à Jean-François Champollion, un linguiste français, de déchiffrer pour la première fois les hiéroglyphes en 1822. Plus de deux siècles plus tard, en octobre 2022, l’Égypte renouvelle son souhait de récupérer la célèbre pierre.
Le diamant Koh-i-Noor, l’un des joyaux les plus célèbres au monde, proviendrait des mines de Golconde, dans le sud de l’Inde. En 1849, après l’annexion du Pendjab au Royaume-Uni, le jeune maharadjah Dhulîp Singh, alors âgé de 10 ans, remet le diamant à la reine Victoria. En 1937, la pierre précieuse est montée sur la couronne de la reine Elizabeth, la reine mère. Aujourd’hui, elle est exposée avec les joyaux de la Couronne britannique à la Tour de Londres.
Plusieurs pays revendiquent sa restitution, mais le gouvernement britannique demeure inflexible. Pour ne pas raviver le débat, la reine Camilla a choisi de ne pas porter cette couronne lors du couronnement du roi Charles III en mai 2023.
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Les Noces de Cana, chef-d’œuvre de Paolo Véronèse réalisé en 1563, ornait le réfectoire du monastère San Giorgio Maggiore à Venise. En 1797, les troupes napoléoniennes arrachent la toile de 9,7 mètres de long pour l’emmener à Paris. Depuis, elle est la plus grande œuvre du Louvre.
La ville de Venise n’a cessé de réclamer son retour, mais ses démarches sont restées vaines. Pour apaiser ce désaccord, un fac-similé grandeur nature et de haute précision a été installé dans le monastère d’origine.
Huit sculptures d’oiseaux en stéatite ornaient autrefois Grand Zimbabwe, une vaste cité de l’âge du fer. Pillées par les colonisateurs, elles furent notamment emportées par Cecil Rhodes, figure de l’impérialisme britannique en Afrique et fondateur de la Rhodésie (qui regroupait le Zimbabwe et la Zambie actuels).
Aujourd’hui, toutes ces œuvres ont retrouvé leur terre d’origine… sauf une. Cette dernière demeure sur l’ancien domaine de Cecil Rhodes, Groote Schuur, aujourd’hui propriété du gouvernement sud-africain. Malgré les appels répétés de la communauté internationale, Pretoria refuse toujours de la restituer.
Le Vieux pêcheur d’Aphrodisias, exposé au musée de Pergame à Berlin (actuellement fermé pour rénovation), illustre un cas unique de patrimoine partagé. La statue associe le torse original, découvert en 1904 en Turquie, à une réplique de tête.
En 1989, les archéologues mettent au jour la tête d’origine sur le même site. Depuis, la Turquie réclame la restitution du torse afin de réunifier l’œuvre. Berlin, de son côté, affirme que ce dernier a été acquis légalement et refuse de le rendre. Ce moulage montre à quoi ressemblait la statue à l’origine.
Le Victoria and Albert Museum, à Londres, abrite une collection de trésors éthiopiens originaires de la ville de Magdala, dont cette somptueuse couronne en or. En 1868, après la bataille de Magdala, les troupes britanniques s’emparent de milliers d’objets précieux et détruisent la forteresse de l’empereur éthiopien Tewodros.
En 2020, le V&A a entamé un dialogue avec l’Éthiopie pour envisager la restitution de ces trésors et proposé un prêt à long terme pour commencer. Mais depuis, aucune avancée concrète n’a été observée.
L’une des célèbres statues Moai de l’île de Pâques, le Hoa Hakananai’a, est exposée au British Museum, malgré les demandes répétées des descendants de ses créateurs pour qu’elle leur soit restituée. Haute de 2,4 mètres, cette œuvre sculptée entre 1000 et 1200 après J.-C. a été emportée à Londres en 1869. Le musée n’envisage pas de la restituer pour le moment.
En revanche, un musée de Santiago, au Chili, a rendu un Moai, le Tau del Ivi Tupuna, à l’île de Pâques en 2022. Ces statues ne sont pas de simples monuments : elles incarnent les esprits des ancêtres des Rapa Nui, le peuple autochtone polynésien de l’île.
Cette sculpture en bois, connue sous le nom de Reine Bangwa, incarne le pouvoir et la santé du peuple Bangwa et revêt une importance sacrée majeure pour les Camerounais. Haute de 81 cm, elle a été emportée en Europe à la fin du XIXe siècle. Elle a tour à tour appartenu à des collectionneurs, des musées et des marchands d’art avant d’entrer dans les collections de la Fondation Dapper.
Malgré la fermeture de son musée parisien en 2017, la Fondation a jusqu’ici refusé de restituer la pièce aux autorités et aux chefs traditionnels Bangwa et affirme que la sculpture continuerait à voyager dans le cadre d’expositions internationales.
Des coiffes centenaires, des bagues aux vertus médicinales et des pierres précieuses appartenant à la tribu des Apaches sont bloquées au Musée américain d’histoire naturelle depuis des années en raison de désaccords persistants.
Le musée de New York a accepté de restituer plus de 70 objets, mais les Apaches contestent la classification retenue par l’institution. Ils réclament que ces pièces soient officiellement reconnues comme « objets sacrés » et « objets du patrimoine culturel », plutôt que comme de simples « objets culturels ». Pour eux, cette distinction est essentielle car elle reconnaît leur création originale et leur droit légitime sur ces trésors.
L’AfricaMuseum, inauguré en 1898 sous le nom de Musée royal de l’Afrique centrale en Belgique, conserve près de 120 000 objets venus d’Afrique, pour la plupart pillés en République démocratique du Congo pendant la colonisation belge. Parmi eux figurent des statuettes en bois, une statue Nkisi Nkonde (figure de pouvoir) et un masque complexe réalisé par le peuple Luba.
En 2022, la Belgique a restitué 84 000 de ces objets au Congo. Mais la démarche a soulevé une controverse : le catalogue complet des pièces transférées n’a pas été rendu public. Les citoyens congolais ignorent donc quels objets ont été restitués et n’ont pas la possibilité de réclamer d’autres pièces de leur patrimoine.
Peinte en 1634, La Descente de croix illustre Jésus après sa mort, entouré de ses proches. Rares sont les œuvres de Rembrandt à avoir quitté les Pays-Bas, mais celle-ci a été emportée en France durant la période napoléonienne.
Acquise en 1814 par l’empereur Alexandre Ier auprès de l’impératrice Joséphine, la toile est aujourd’hui exposée au musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg. La Russie a toujours refusé de la restituer et aucune issue favorable ne semble se profiler.
Considéré comme la première « charte des droits de l’homme » de l’Histoire, le cylindre de Cyrus, vieux de 2 500 ans, porte des inscriptions cunéiformes qui racontent la conquête de Babylone par le roi perse Cyrus en 539 avant J.-C.
L’Iran affirme qu’il a été volé et réclame sa restitution, tandis que le British Museum soutient qu’il a été découvert légalement en 1879. Après une brève exposition à Téhéran en 2010 et une tournée aux États-Unis, la relique est retournée au musée londonien, où elle demeure aujourd’hui.
Ce sublime gorgerin en or massif a été mis au jour en 1833 par des ouvriers sur le site du tumulus de Bryn yr Ellyllon, près de Mold, dans la région galloise du Flintshire. Daté entre 1900 et 1600 avant J.-C., il est considéré comme l’un des plus beaux objets en or de l’âge du bronze européen.
Cet objet a été acquis par le British Museum en 1836, mais de nombreux politiciens et universitaires gallois ne cessent de réclamer sa restitution... en vain. Pour l’instant, la précieuse pièce demeure à Londres.
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