Elle incarne Paris, le chic à la française et un certain art de vivre. Depuis plus d’un siècle, la tour Eiffel fascine, inspire et rayonne dans le monde entier. Et dire qu’elle ne devait être qu’un monument temporaire…
Découvrez l’histoire incroyable d’une attraction conçue pour être éphémère, devenue en un rien de temps l’un des symboles de la France. Une icône internationale qui a traversé les époques… et continue de faire rêver aujourd’hui.
Adaptation française par Charline Pelletier
En 1889, Paris accueille l’Exposition universelle, organisée pour célébrer le centenaire de la Révolution française et affirmer la puissance industrielle et culturelle du pays.
Trois ans plus tôt, en 1886, un concours avait été lancé pour imaginer un édifice phare au cœur de l’événement. Plus d’une centaine de projets avaient alors été soumis.
Ce sera finalement celui de Gustave Eiffel, ingénieur réputé pour ses ponts métalliques, qui sera retenu par le Comité du centenaire. Une fois achevée, la tour deviendra l’entrée monumentale de l’exposition.
À l’époque, le monde de l’art et des lettres s’insurge contre la construction de la tour. Dans une lettre ouverte publiée dans Le Temps, intitulée « Protestation des artistes contre la tour de M. Eiffel », les plus grands noms de l’époque implorent Monsieur Alphand, directeur des travaux de l’Exposition, de mettre fin au chantier.
Le romancier Léon Bloy la qualifie de « lampadaire véritablement tragique », Guy de Maupassant y voit un « squelette géant et disgracieux », tandis que le critique Joris-Karl Huysmans la compare à un banal tuyau d’usine à moitié monté.
Pour faire taire les critiques et convaincre l’opinion publique, on fait appel à l’architecte Stephen Sauvestre afin de repenser l’esthétique de la tour.
Il propose des socles en pierre pour habiller les pieds, d’imposants arcs pour relier les piliers au premier étage, une silhouette en forme de bulbe pour coiffer le sommet, ainsi qu’une série d’ornements décoratifs répartis sur toute la structure. Toutes ses idées ne seront pas retenues, mais celles qui l’ont été participent pleinement au charme intemporel de la tour Eiffel.
C’est aux portes de Paris, plus exactement à Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine, que se trouve l’usine de Gustave Eiffel. C’est ici que prennent forme les 18 038 pièces de la tour, chacune dessinée et usinée avec une précision au dixième de millimètre.
Sur le chantier, plusieurs équipes de constructeurs, de 150 à 300 ouvriers chacune, assemblent les éléments métalliques tel un immense jeu de Meccano.
Une fois le feu vert obtenu, les choses s’accélèrent. Le chantier prend à peine plus de deux ans : il démarre en janvier 1887 et s’achève le 31 mars 1889.
Les fondations sont posées en seulement cinq mois et 21 de plus sont nécessaires pour assembler le puzzle métallique géant. En 1889, le journaliste Émile Goudeau visite le site et raconte : « Une épaisse fumée de goudron et de houille prenait à la gorge, tandis qu'un bruit de ferraille rugissant sous le marteau nous assourdissait ».
Officiellement inaugurée le 31 mars 1889, la tour Eiffel connaît un succès immédiat. Les critiques s’effacent vite devant l’enthousiasme du public, séduit par son audace architecturale et sa silhouette sans pareille. C’est un véritable baptême en fanfare : des millions de visiteurs affluent à l’Exposition universelle, dont près de deux millions — exactement 1 953 122 — rien que pour découvrir la tour.
À une époque qui précède l’ère de l’aviation, où l’on ne connaît pas encore les vues aériennes, la tour Eiffel offre un spectacle inédit : Paris vu d’en haut, comme personne ne l’avait jamais vu.
Pendant l’Exposition universelle, le tout-Paris déferle aux pieds de la tour Eiffel, mais pas seulement… Les célébrités du monde entier affluent également pour la découvrir.
L’actrice française Sarah Bernhardt y fait une halte, tout comme le futur roi d’Angleterre Édouard VII, le roi George Iᵉʳ de Grèce et le Shah de Perse.
Mais celui qui provoque le plus d’effervescence n’est autre que William Cody, alias Buffalo Bill. Venu présenter à Paris son célèbre Wild West Show, spectacle grandiose sur la conquête de l’Ouest, il attire les foules au point de presque voler la vedette à la tour elle-même.
L’un des exploits majeurs de la tour Eiffel réside dans ses ascenseurs hydrauliques, capables de transporter des charges lourdes et de grimper à des hauteurs jamais atteintes auparavant.
Lors de son ouverture au public le 15 mai 1889, ces ascenseurs ne sont pas encore opérationnels. Il faudra attendre le 26 mai pour qu’ils entrent enfin en service. Entre-temps, près de 30 000 visiteurs ont gravi les centaines de marches permettant d’accéder au deuxième étage.
À l’origine, Gustave Eiffel ne dispose que d’un permis de vingt ans pour exploiter le terrain. Passé ce délai, la tour est censée revenir à la Ville de Paris. À l’approche de l’échéance, son démontage semble inévitable : la fréquentation a nettement baissé depuis le succès de l’Exposition universelle de 1889. Quant aux projets de reconversion — comme celui, visible ici, visant à la transformer en hôtel —, ils tombent tous à l’eau.
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Hors de question pour Gustave Eiffel de laisser disparaître sa plus célèbre création.
Pour la sauver, il lui cherche une vocation scientifique. Il fait installer un laboratoire au troisième étage, dédié aux observations météorologiques et astronomiques, ainsi qu’à diverses expériences (en photo). Parmi ses visiteurs les plus prestigieux : l’inventeur américain Thomas Edison, qui s’y rend à plusieurs reprises en 1889.
C’est finalement la télégraphie sans fil qui sauve la tour Eiffel. Développée dès les années 1890, cette nouvelle technologie progresse rapidement. En 1898, Eugène Ducretet établit le tout premier contact radio en morse entre la tour et le Panthéon, situé à 4 km de là.
Une station émettrice est alors installée, permettant des transmissions radio jusqu’à Londres, puis jusqu’à 6 000 km à partir de 1908. La tour se voit ainsi attribuer une fonction stratégique… et une prolongation de 70 ans de son permis initial d’exploitation.
Pendant la Première Guerre mondiale, l’armée française utilise la station radio de la tour pour intercepter les messages ennemis en provenance de Berlin. Elle permet notamment de coordonner une contre-offensive décisive lors de la bataille de la Marne, en 1914.
Trois ans plus tard, la station joue un rôle crucial dans l’arrestation d’un célèbre espion allemand. Un message codé échangé entre l’Allemagne et l’Espagne est capté : il évoque l’agent H-21. Les services de renseignement découvrent alors que ce mystérieux agent n’est autre que Mata Hari, célèbre danseuse de charme néerlandaise, qui parcourt l’Europe pour se produire… et pour livrer des secrets aux Allemands.
Rien d’étonnant à ce que la tour Eiffel soit un excellent émetteur radio : elle culmine à 300 mètres. Lors de son inauguration, un mât surmonté d’un drapeau y est ajouté, portant sa hauteur à 312 mètres.
Elle dépasse alors le Washington Monument aux États-Unis, qui détenait jusque-là le record mondial avec 169 mètres.
La tour Eiffel restera le plus haut monument du monde jusqu’en 1930, date à laquelle le Chrysler Building de New York la détrône avec ses 319 mètres.
Dès ses débuts, la tour Eiffel offre des expériences uniques, placées sous le signe du prestige. À des vues aussi spectaculaires devait répondre une cuisine à la hauteur du monument. Lors de l’Exposition universelle de 1889, pas moins de quatre restaurants occupent le premier étage : un établissement russe dans le plus pur style moscovite, un bar anglo-saxon, un restaurant français et un autre flamand.
Aujourd’hui encore, deux adresses perpétuent cette tradition : Madame Brasserie, au premier étage, et le célèbre Jules Verne, restaurant étoilé situé au deuxième.
Si la tour qui porte son nom est sans aucun doute sa plus grande réalisation, Gustave Eiffel a mis son génie au service de nombreux autres projets à travers le monde.
Son savoir-faire en matière de structures métalliques lui a permis de participer à la réalisation de monuments majeurs, comme le pont Maria Pia à Porto, qui enjambe le Douro, ou encore le viaduc de Garabit dans le Cantal, achevé en 1884. On lui doit également la poste centrale de Saïgon au Vietnam, la gare de l’Ouest à Budapest (visible ici en photo) ainsi que la coupole de l’observatoire de Nice.
Mais c’est dans la construction de la statue de la Liberté que son rôle s’est avéré décisif : après la mort prématurée de l’architecte Eugène Viollet-le-Duc, c’est lui qui a conçu la structure interne du monument.
En 1887, Gustave Eiffel accepte de participer à la construction des écluses du canal de Panama, un projet lancé en 1880 par l’entrepreneur Ferdinand de Lesseps, déjà à l’origine du canal de Suez.
Mais le chantier tourne au fiasco et Gustave Eiffel se retrouve pris dans un vaste scandale financier. Conscient des risques, il avait exigé d’être payé dès le début des travaux, une décision qui lui vaudra d’être condamné pour fraude : 2 000 francs d’amende et deux ans de prison (on le voit ici en costume bleu lors de son procès). Le jugement sera annulé en appel, mais l’affaire ternira durablement sa brillante carrière.
Construite en fer puddlé, la tour Eiffel doit être régulièrement protégée de la corrosion. Ce matériau forgé à Pompey, près de Nancy, est issu d’un procédé permettant d’obtenir un fer presque pur, reconnu pour sa grande longévité. Mais l’entretien reste indispensable.
Fidèle aux consignes de Gustave Eiffel, la tour est, depuis sa construction, repeinte à la main tous les sept ans. Un chantier titanesque qui mobilise une cinquantaine de peintres et quelque 60 tonnes de peinture pour recouvrir ses 250 000 m² de surface.
Un travail de patience et de précision, essentiel pour permettre au monument de traverser les siècles sans perdre son éclat.
Repeinte 19 fois depuis sa construction, la tour Eiffel a changé de ton à plusieurs reprises. À l’origine, elle arbore une teinte rouge de Venise, avant de tirer davantage sur le brun à l’achèvement des travaux.
Elle s’éclaircit ensuite avec un jaune ocre entre 1907 et 1947. À partir de 1954, elle revient à ses débuts et se pare d’une nouvelle teinte brunâtre. Puis, on développe le célèbre « brun tour Eiffel », spécialement conçu pour s’harmoniser avec le paysage urbain de Paris. Aujourd’hui, ce brun aux reflets bronze est appliqué en dégradé pour compenser l’effet de perspective et la luminosité du ciel : une nuance plus sombre à la base qui devient subtilement plus claire en haut, et ainsi donner l’illusion d’une couleur uniforme.
Adolf Hitler ne se rend à Paris qu’une seule fois : en juin 1940, au lendemain de l’armistice signé à Compiègne. Il tient alors à se faire photographier devant les monuments les plus emblématiques de la capitale, dont la tour Eiffel, pour symboliser la victoire totale de l’Allemagne sur la France.
Quelle que soit sa couleur, ses lignes audacieuses et symétriques ont inspiré nombre d’artistes.
Georges Seurat la peint dès 1888, avant même qu’elle ne soit achevée. Au fil des ans, la Dame de fer passe sous les pinceaux de Paul Signac, du Douanier Rousseau, de Pierre Bonnard, de Maurice Utrillo, de Marcel Gromaire, d’Édouard Vuillard, de Raoul Dufy ou encore de Marc Chagall, dont les interprétations éclatantes et colorées retrouvent aujourd’hui les faveurs de la critique. En 1910, le peintre français Robert Delaunay lui consacre une série entière de toiles dans un style cubiste (visible ici).
La construction de la tour Eiffel coïncide avec les débuts du cinéma. Dès 1897, Louis Lumière la filme et elle devient rapidement un repère incontournable dans les films tournés à Paris.
En 1957, Audrey Hepburn et Fred Astaire y dansent dans Drôle de frimousse. En 1985, Roger Moore, alias James Bond, y poursuit Grace Jones jusqu’à son sommet dans Dangereusement vôtre. Plus récemment, elle a servi de QG à des extraterrestres dans Men in Black: International, sorti en 2019.
Les musiciens rendent eux aussi hommage à la tour Eiffel. En 1938, Charles Trenet chante le bonheur qu’elle lui procure dans Y’a d’la joie. Puis, en 1994, Pascal Obispo lui déclare son amour « éternel » dans Tombé pour elle.
Dès 1921, Jean Cocteau écrivait déjà le livret des Mariés de la tour Eiffel, utilisé pour un ballet du même nom.
Si May Day, le personnage de Grace Jones dans Dangereusement vôtre, s’élance en parachute depuis le sommet de la tour Eiffel pour échapper à James Bond, la réalité est bien plus tragique.
En 1912, le tailleur parisien Franz Reichelt, surnommé le « tailleur volant », trouve la mort en tentant de démontrer l’efficacité de sa combinaison-parachute.
Le 18 septembre 2021, le funambule français Nathan Paulin captive la foule lorsqu’il parcourt 670 mètres en slackline, tendue entre le premier étage de la tour et la place du Trocadéro, à 60 mètres au-dessus de la Seine.
Sa performance de 30 minutes s’inscrit dans le cadre des Journées européennes du patrimoine organisées cette année-là à Paris.
En novembre 1977, le célèbre golfeur américain Arnold Palmer frappe une balle depuis un practice spécialement aménagé au deuxième étage de la tour Eiffel afin de promouvoir le Trophée Lancôme qui s’apprête à commencer.
La tour Eiffel a souvent été utilisée à des fins promotionnelles. Dans les années 1920, le constructeur automobile Citroën la transforme en gigantesque support publicitaire, et ce pendant près de dix ans.
Entre 1925 et 1935, le nom « Citroën » s’affiche en lettres de 30 mètres de haut, illuminées par 250 000 ampoules colorées. Visible à plus de 30 kilomètres, l’installation est reconnue par le Guinness des records comme la plus grande publicité au monde de son époque.
Avec le temps, la tour Eiffel est devenue bien plus qu’un monument parisien : un symbole à elle seule, reconnaissable entre mille, et repris dans le monde entier. Célébrée pour son élégance et son raffinement, elle incarne aussi le romantisme à la française.
Plus de 80 villes du monde entier ont érigé leur propre version de la célèbre tour, dans l’espoir d’y capturer un peu de son charme si typiquement parisien. Ses répliques se dressent aux quatre coins du globe : à Las Vegas (ici en photo), à Blackpool dans le nord de l’Angleterre, à Tokyo ou encore à Slobozia, en Roumanie. La Chine en compte même deux, à Shenzhen et à Tianducheng, une ville entière imaginée comme une copie de la Ville Lumière.
Dès la tombée de la nuit, 336 lampes à sodium illuminent la tour d’une douce lumière dorée. Depuis 2000, elle se met aussi à scintiller toutes les heures, pendant cinq minutes.
Ce spectacle lumineux conçu par Pierre Bideau met en scène pas moins de 20 000 ampoules qui clignotent à grande vitesse, comme des flashs d’appareils photo. Jusqu’en 2022, le show se poursuivait jusqu’à 1 heure du matin en été. Mais depuis la mise en place d’un plan de sobriété énergétique par la mairie de Paris, les lumières s’éteignent à 23 h 45, avec un dernier scintillement programmé à 23 heures.
En 2019, la tour Eiffel fêtait ses 130 ans. Un sacré parcours pour une structure en fer conçue pour ne durer que 20 ans. Au fil du temps, la Dame de fer a tenu debout et s’est forgé une image d’icône adorée de tous, non seulement en France, mais aussi dans le monde entier.
Elle reste plus que jamais un repère central pour Paris et pour tout un pays : un lieu fédérateur où sont célébrés les grands moments collectifs. Feux d’artifice spectaculaires pour le Nouvel An, illuminations à thème pour les grands événements — de la Coupe du monde aux Jeux olympiques en passant par l’Union européenne. Une magie qui opère toujours… et que l’on souhaite éternelle.
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